Solidarité Textiles au Houlme : que deviennent vraiment vos vêtements ?

Derrière chaque sac déposé en borne ou apporté sur rendez-vous, c'est toute une chaîne de tri, de valorisation et d'insertion professionnelle qui se met en marche. Solidarité Textiles, chantier d'insertion basé au Houlme, associe une mission environnementale de collecte et de valorisation des textiles à une mission sociale d'accompagnement vers l'emploi. Zoom sur un circuit de tri précis, pensé pour valoriser un maximum de matières.


De la collecte au craquage

Les textiles arrivent au site par plusieurs canaux : les 250 bornes d'apport volontaire, les apports directs sur rendez-vous téléphonique, et des collectes qui se développent progressivement dans les écoles et d'autres structures. En période estivale, l'activité s'intensifie fortement, portée notamment par la surconsommation textile, avec des tournées pouvant représenter 2 à 2,5 tonnes par jour et par camion.
Une fois sur site, chaque sac collecté, appelé « Original » ou « brut de collecte », est ouvert sur la table de tri. C'est l'étape du craquage, point de départ de tout le processus.


Le tri primaire : chaque matière trouve sa filière

Le tri primaire commence par écarter le non-TLC (tout ce qui n'est pas du textile, du linge ou de la chaussure) ainsi que les chaussures immédiatement impropres au réemploi, du fait de leur état ou parce qu'elles sont dépareillées. Ces chaussures étaient auparavant envoyées en Combustible Solide de Récupération, appelé CSR. Solidarité Textiles a depuis trouvé un partenaire export spécialisé dans le recyclage : la semelle est valorisée en goudron, le chaussant part en CSR.
 
Le non-TLC est réparti en quatre filières :
• papier et plastique, orientés vers la poubelle jaune et traités par le Smédar ;
• déchets organiques, orientés vers la poubelle noire et traités par le Smédar ;
• jouets, confiés à l'éco-organisme Ecomaison lorsqu'ils sont abîmés, ou à Kintsu Jouets, partenaire également présent en boutique Frip & Co Family, lorsqu'ils sont réutilisables ;
• déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE), confiés à Envie ;
• le reste part en encombrants à la déchèterie.
Les chaussures en très bon état ou en excellent état, elles, suivent une tout autre route : elles sont conditionnées pour la revente en seconde main, dans les boutiques, en vente au kilo, ou auprès des grossistes partenaires.


Le second tri : réemploi immédiat ou tri par matière

Le textile passe ensuite au second tri. Les pièces qui peuvent être réemployées telles quelles sont orientées immédiatement vers le surtri. Les autres sont triées par matière : coton, tricot et maille, jean. Le synthétique, faute de pouvoir aujourd'hui être trié par type, part en CSR, un point que l'association compte faire évoluer prochainement en s'équipant pour affiner ce tri.
 
Pour les textiles non réemployables, plusieurs procédés de recyclage coexistent selon la matière : la coupe, qui transforme le tissu en chiffons d'essuyage pour un usage industriel ou domestique ; le déchiquetage, qui donne du feutre, du rembourrage ou de l'isolation non tissée ; l'effilochage, qui permet de produire de nouvelles fibres textiles ; et le broyage, qui fournit des matières premières secondaires à d'autres industries.


Surtri et export : deux logiques bien distinctes

Le surtri, qui rassemble les pièces les plus qualitatives, est vendu exclusivement en proximité. Solidarité Textiles ne pratique pas l'export sur cette catégorie.
Ce qui n'est pas encore trié aujourd'hui est cédé à deux partenaires français et un partenaire belge. Cet export reste cohérent avec les valeurs de l'association : la matière reste en France ou en Europe, et seuls de vrais vêtements sont revendus à l'export.


Une exigence de qualité, jusqu'en boutique

Cette rigueur de tri se retrouve jusque dans les boutiques Frip & Co, notamment celle du 13 rue de l'Hôpital Bonaparte à Rouen. La qualité des textiles y est primordiale : l'objectif est de garantir aux clients de trouver mieux qu'ailleurs, à petits prix. Les valeurs de solidarité de l'association se traduisent ainsi jusque dans sa politique de vente.


Une mission sociale au cœur du dispositif

Au-delà des tonnages traités, Solidarité Textiles reste avant tout un chantier d'insertion. 70 salariés en CDDI bénéficient d'une activité concrète : collecte, tri, manutention, vente, logistique, mais aussi d'un accompagnement professionnel personnalisé, de formations et d'un suivi individualisé, notamment au sein d'une salle de formation dédiée. Un double objectif anime la structure : valoriser un maximum de textiles, et permettre à des personnes de retrouver un emploi durable.